Qui est Lou Barrullaïre ?

            Ce rouleau de pierre blanche que vous pouviez voir au coin d’une terre en jachère et entourée de coquelicots, de folle avoine et d’herbes elles aussi un peu folles, c’était « Lou barrullaïre ». Encombrant, il ne voyait jamais l’ombre d’un hangar. Lourd il ne pouvait qu’être tracté par le cheval pour rouler la terre fraîchement labourée ou bien pour favoriser, au mois d’avril, la densité par marcottage du semis d’hiver. Un rouleau, pardon lou barrullaïre, on se le prêtait sans se le dire. On le prenait au coin du champ de Pierre, on roulait son champ et on l’entreposait au coin du champ de Paul. Tant et si bien que l’on ne savait jamais où le trouver. Il rendait service à tous et se promenait tout le temps et toujours dans les champs.

On ne savait jamais qui en était le propriétaire, ce dont on était certain, c’est que cet instrument agricole permettait aux paysans de s’apprécier sans se le dire.

Notre ami de son vrai nom Gilles, est tout cela à la fois. Même s’il est un peu lourd, dans les deux sens du mot, il est toujours disponible pour rendre un service à Pierre et à Paul. Il rapproche tous ceux qui le côtoient et comme il est toujours plein de bonté, il sème la paix dans tout le village. Il ne croise pas un villageois sans un sourire toujours au coin des lèvres et un mot gentil à chacun.

J’allais oublier de vous dire qu’il n’était jamais chez lui, une fois chez l’un ou l’autre pour « donner la main », une autre fois pour aller voir tel autre à l’heure de l’apéritif.

Il n’avait pas de préférence entre le 45 ou le 51 : « j’ai toujours cru que c’était l’année de fabrication » disait-il sourire aux lèvres tout en savourant le parfum d’anis.

Ouvrier agricole, il était toujours disponible et travaillait à « prix fait » et souvent à la « journée ». Un précurseur du libéralisme rural !

Il savait tout faire de ses mains épaisses et musclées travaux de plomberie, de mécanique, de maçonnerie, de nettoyage de la basse-cour, etc… Il travaillait sept jours sur sept. Pour lui, Le dimanche, c’était le jour où il changeait de tenue de travail. Il se mettait du « propre » pour entamer une nouvelle semaine de travail.

Aucune femme n’avait voulu dans sa jeunesse le prendre pour époux. Il promenait donc sa vie de célibataire dans tout le village, se félicitant ainsi, d’être le seul à avoir épousé toutes les filles du canton.

« Quel vantard tu fais » lui disait en confidence Lou rénaïre, « même sans tes cartes à la main, tu me fends le cœur, …..Nous faire croire pareille galéjade ! ».

Un peu timide ou plutôt réservé, notre ami a son franc parler. Autour de la fontaine, son statut de barrullaïre lui confère une notoriété qu’aucun ne peut lui convoiter. Il connaît tout le monde, il a mis les pieds dans chaque demeure du village, il est reçu partout et par tous. Qualité rare qui lui permet d’être en possession du secret de chaque famille, dont il sait se glorifier auprès de nos amis, en leur rappelant qu’il est propriétaire et gardien du plus grand trésor du village : « la discrétion ».

« Même le Maire ne connaît pas tout le village comme je le connaîs » dit-il, quand, « taquiné » par nos amis, il est à bout d’argument.  

Sa bonhomie, sa sagesse, sa bonté, sa fidélité, son affection pour l’anis et l’eau de la fontaine, mais pas trop quand même, font qu’il est devenu un vrai ami autour de la fontaine et l’ami incontournable dans tout le village.

A suivre…

 

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