Qui est Lou Rénaïre ?...

Son père un vieux grincheux, sa mère jamais satisfaite, ne pouvaient qu’engendrer un jeune vigneron « renos » c'est-à-dire toujours grognon. Son prénom Fernand fut dès ses premiers pas remplacé par celui de rénaïre. Enfant il marchait en se dandinant ce qui lui donnait l’allure d’un caneton toujours entrain de cancaner.

Ce surnom quelque peu taquin voire blessant le suivi à l’école, au régiment et par la suite toute sa vie durant. Il l’accepte avec le sourire. Après tout il est l’unique dans le village à le porter ce surnom, il est devenu pour lui, une marque de fierté quelque peu légendaire.

Sa vie de vigneron, il l’assume pleinement. Comme nombre d’entre les plus anciens, il regrette le temps ou la vie du cheval rythmait celle du paysan. Il aime à raconter les joies et les peines éprouvées à la compagnie de son père aujourd’hui disparu.

Le cheval accompagnait tous les travaux du vigneron. Après les vendanges, l’automne venu, c’étaient les labours pour « chausser la vigne ». Deux allers retours et un passage par rangée au pas du cheval, puis la taille par tous les temps. Le printemps, après le déchaussage et les « maouyères » (*), c’étaient les traitements contre les maladies de la vigne, mildiou, cendre, etc…Le cheval l’accompagnait dans toutes ces tâches. Il faisait corps avec le paysan. Sans lui, il n’y avait pas de récolte, pas de billets dans la « lessiveuse », une façon d’exprimer le fait que l’on ne connaissait pas encore le chemin du « bon sens près de chez vous ».

Après avoir inondé de bouillie bordelaise ses vignes, la récolte pouvait commencer. En premier avec les raisins de table, angevine, admirable, chasselas, grosvert, st janet, entre-temps la vendange était rentrée en hâte entre deux orages pour faire et élever le vin. Ce travail était confié à la coopérative qui prenait toute la vinification et la commercialisation à sa charge. La saison s’achevait avec la cueillette du servant ou raisin de Noël, raisin cueilli avec un brin de sarment pour favoriser le mûrissement et sa conservation à l’abri de la lumière. Chaque semaine on prenait soin d’éliminer les traces de moisissures en ciselant les grappes une à une. Un travail long et pénible qui avait le grand avantage d’être réalisé à l’abri, sous le hangar. Au fil des jours les grains devenaient colorés et leur aspect de cristal laissait entrevoir de bonnes  ventes à venir. Ce raisin constituait l’un des treize desserts de la veillée de Noël. Très savoureux, il était très recherché sur les places marchandes et les étals des grandes villes de France.

Aujourd’hui, tout a bien changé nous dit-il, il faut payer les dettes à la banque et les agios tous les ans quand le compte en banque vire au rouge. Il faut régler le laboratoire qui nous conseille et fournit les produits de traitement avec un acompte à la commande. Disparu le dépôt de la coopérative agricole vauclusienne qui nous envoyait sa facture après la récolte. En plus il faut payer une somme considérable obligatoire à l’œnologue si « tu vinifies à la maison » et la cotisation au syndicat des Côtes du Rhône etc…

Mais à présent le paysan ne laboure plus ses vignes : il désherbe ou plutôt il brûle l’herbe au désherbant chimique entre les ceps et tond la pelouse dans les rangées. Ceci se traduit par le contraste suivant : il traite à l’herbicide ses pieds de vigne et sème du gazon dans les rangées de vigne. Tant et si bien que des traces de polluants chimiques se retrouvent à présent dans chaque bouteille de vin. Le vigneron est devenu un « vinicide » se plait à nous dire lou rénaïre. « Le « vinicide » s’apparente à l’homicide, la chimie agricole détruit l’agriculteur et le consommateur mais à petit feu et sans laisser de trace quant à son origine comme pour semer encore plus le trouble dans la société », ajoute-t-il !

Plus de récolte de raisin de table ou presque plus, la dominante c’est la production viticole. Les « agriculteurs de papier » (c’est avec ce qualificatif qu’il désigne les ingénieurs de l’INRA), ont mis au point le « Danlas » seul raisin de table cultivé aujourd’hui, un raisin blanc peu goûteux, mais qui se transporte bien, un peu comme la Garriguette pour les fraises, belle, colorée, mais sans goût ni parfum, enfin pour ceux qui ont eu le bonheur de déguster la fraise « précoce des halles » ou bien encore la fraise « quatre saisons » et que sais-je encore ils comprendront que nos agriculteurs de papier ne sont pas encore sur la bonne voie . Jadis on suivait les camions sur l’autoroute au parfum des abricots, des melons, des fraises, etc…Aujourd’hui seule l’odeur du gasoil  subsiste.

Pour éviter la surproduction avec ces nouvelles techniques de culture de la vigne, on a fait techniquement chuter d’environ 40% la production, on a donc réglé au moins provisoirement, le problème de surproduction.

« Plus de lessiveuse, plus de cheval, mais en contre partie on a trouvé beaucoup de dettes » nous dit-il, quand il est de bonne humeur.

Alors lou rénaïre fatigué par tant de niaiserie a pris sa retraite, il a passé la main à un paysan du village voisin. Toutes ces raisons font qu’à présent, nous le retrouvons tous les jours à la fontaine ou le « renos » enchante nos colonnes pour le grand plaisir de nos lecteurs.

 

 A suivre...

(*) manouyères, faire les manouyères : travail de désherbage manuel avec une binette au printemps ou bien un tire-pousse quand la saison est plus avancée.

 

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