Lou gros soupa

                 C’est à la table de Nine que le souper de Noël se tient, chaque année. Toinon apporte les décors, Nine installe la vaisselle, les verres et les couverts des grands jours. Finis les trois nappes, les trois chandeliers pour symboliser la trilogie sainte, quelques décors de feuilles et de rameaux frais suffisent à planter le décor du renouveau et de l’amitié.

Le repas de noël, en Provence c’est « lou gros soupa », il se démarque des autres repas quotidiens de l’année par le fait qu’il se compose de sept plats maigres, tous servis à table au début du repas.

Nine : « Si tu es riche tu peux servir des coquilles St Jacques, du foie gras, du homard, des huîtres, du chapon, du saumon de Norvège, du cuissot de biche et du caviar. Chez nous « lou gros soupa » c’est sept plats maigres et pas cher : l’alose à la provençale, la tapenade maison, la morue et son poireau, le cardon à la moelle, les branches de cèleri à l’anchoïade, les légumes du jardin, carotte, pomme de terre, navet avec une aïoli bien aillée."

Lou rénaïre : « C’est pas cher Nine, mais c’est un peu lourd à digérer ? »,

Nine : « Tu vas me dire que le poisson, les légumes c’est indigeste maintenant ! Dans tous les cas, ce repas est léger pour notre bourse : les légumes viennent de nos jardins respectifs, l’alose c’est le voisin de Toinon qui nous le pèche chaque été au vire-vire au bord du Rhône à Aramon, la tapenade c’est moi qui la fabrique, tout comme l’aïoli et l’anchoïade, seule la morue salée est achetée chez notre épicier.»,

Lou rénaïre : « Les anchois Nine ? Tu oublies les anchois ! »,

Nine : « Eh non ! Tous les ans mon voisin me ramène une cagette d’anchois fraîches de Port de bouc, il les achète pour une pièce aux marins des chaluts à leur arrivée au port, et moi je les trie une à une et je les mets au sel fin de Camargue ! Ca prend du temps mais c’est meilleur !"

Toinon : « Nous sommes treize à table cette année, je ne suis pas superstitieux mais une assiette de plus sera la bienvenue ! »,

Nine : « Tu vois bien que ça nous coûte pas cher de mettre une assiette pour le pauvre mendiant ! »,

Lou rénaïre : « J’apporte le vin de ma vigne, il est bon cette année, c’est l’année du siècle, je vous en ferai profiter. »,

Toinon : «  Tous les ans c’est l’année du siècle, de quel siècle tu nous parles rénaïre ? »,

Nine : « Notre ami fait un très bon vin, souple, raffiné, il plait aux pupilles et fait remonter des images du temps passé, »,

Lou rénaïre : « Les papilles ça suffira Nine ! »,

Toinon : « C’est vrai que son vin il le fabrique à l’ancienne, il le filtre aux fagots de sarments et choisit la bonne lune pour le mettre en fût de chêne et pour l’embouteillage »,

Nine : « C’est un professionnel notre ami, un expert du vin du midi ! …Bon appétit mes amis ! »…

A suivre…

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau