le Servant...

                 Lou rénaïre avait conservé une terre de servant plantée par son grand-père. Les ceps noueux se tordaient autour d’une rangée de fil de fer. Quelques uns avaient rendu l’âme bien avant les autres et n’avaient pas été remplacés. Ils laissaient des vides importants dans ce paysage caractéristique de « vieille vigne ».

 

Lou rénaïre : « Je la conserve cette terre par tradition familiale et puis je n’attends pas après pour vivre, je la récolte chaque année pour offrir des raisins à la famille et au voisinage… »

Nine : « Tu as raison, mon ami, ces vignes là ne sont pas du passé, il faut les faire vivre ! Elles sont la mémoire encore vivante de notre culture ! »,

Lou rénaïre : « Bientôt je ne trouverai plus de client pour me les acheter. Plus personne ne connaît notre bon raisin de Noël, alors j’ai le plaisir de les offrir »

Toinon : « Que veux tu, les grands chefs ne parlent que des raisins du Chili, d’Afrique du Sud ou d’Italie. Ils ne savent pas que leur père présentait le raisin de Noël de Provence sur leur table gastronomique. C’est un peu normal, leurs professeurs dans les Ecoles Hôtelières ne savent plus. Bientôt ils vont nous présenter leur plat comme le burger américain pour avoir trois étoiles, avec quelques gouttes de sauce chinoise autour et de la poudre de perlin pinpin pour nous faire croire que ce met est délicat ! », 

Lou rénaïre : « Si on leur enlève le vinaigre balsamique, la fleur de sel de Guérande ou de Camargue, le piment d’Espelette et la coriandre, ils ne savent plus cuisiner nos grands chefs ! »,

Nine : « Tu en sais des choses Toinon, tu en sais plus que le petit de la rousse ! »

Lou rénaïre :  « Il est vrai que par snobisme depuis cinquante ans, on part voyager à l’étranger, on consomme des fruits et des légumes exotiques et en plus on achète des fruits et légumes cultivés à l’étranger sans que personne ne le dise »,

Toinon : « Les facilités de conservation et de transport ont favorisé cette nouvelle façon de se nourrir. Mais à quel prix ? »

Nine : « C’est pas Robert le petit de la rousse ? »,

Lou rénaïre : « Oui Nine, c’est le petit Robert, le petit de la Rousse ! »,

 

Lou renaïre, sorti un instant,,entre avec la coupe de raisin de Noël

 

Lou renaïre : « La voilà cette coupe de raisin de Noël …….! »

Tous nos amis : « Ahhhhhh ! (applaudissements) »,

Lou renaïre : « Pour qu’ils arrivent jusque sur notre table il a fallu deux mois de préparation »,

Lou barrullaïre : « C’est pas un peu long deux mois mon ami ! »,

Lou renaïre : « J’ai cueilli les raisins encore verts fin octobre, avant la première gelée de novembre »,

Lou branlaïre : « Tu es bien sûr de les avoir cueillis ? »,

Lou renaïre : « J’ai pris soin de les cueillir avec un brin de sarment pour favoriser le mûrissement, les quelques gouttes de sève dans le bois vont aller enrichir la grappe »,

Lou barrullaïre : « Il est allé les acheter en Grèce ou en Espagne ! »,

Nine : « Pourquoi pas au Pérou ! »,

Lou branlaïre : « Et peut-être en Afrique du Sud ! »,

Lou renaïre : « J’ai pris soin pour leur bonne conservation de les placer dans des cagettes à l’abri de la lumière et dans un endroit sec »,

Lou barrullaïre : « Tu fais comme les jurassiens mais toi, tu oublies la paille ! »,

Lou renaïre : « Moi je te fais pas boire du vin de paille, je te fais déguster le raisin de Noël ! »,

Lou barrullaïre : « Tu devrais essayer une fois avec la paille ! »,

Lou renaïre : « Chaque semaine je prends soin d’éliminer les traces de moisissures en ciselant les grappes une à une »,

Toinon : « Imperturbable et précis sont les mots qui conviennent à tes explications rénaïre ! »,

Lou renaïre : « Un travail long et pénible qui a, en cette saison, le grand avantage d’être réalisé à l’abri des intempéries, sous le hangar »,

Nine : « Quel travail pour nos parents que de préparer ce beau raisin pour la vente de Noël ! »,

Lou renaïre : « Au fil des jours les grains deviennent colorés, se gorgent de sucre, et leur aspect de cristal laisse entrevoir un dessert de grande qualité pour la veillée de Noël. Très savoureux, il était jadis, très recherché sur les tables des petits et des grands de ce monde. »,

Lou barrullaïre : « Dit comme ça tu nous mets l’eau à la bouche »,

Toinon : « Cette coupe de raisins de Noël : c’est notre coupe sainte de Noël : fête de la nativité, du renouveau, de la re-naissance »,

 

 

( à suivre )

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