A propos du raisin de Noël

Pernin : «  Je reviens sur le point qui a été soulevé auparavant, les hommes détenteurs de grandes fortunes sont allés investir dans du foncier agricole en Amérique du Sud, en Afrique du Sud et je ne sais où encore…, pour rentabiliser leurs spéculations foncières, ils inondent le marché européen de leurs produits en toutes saisons, à des prix très concurrentiels, bénéficiant de très bas coûts de main d’œuvre.

C’est de l’esclavage moderne : ils exploitent des populations rurales étrangères déjà pauvres, et ils appauvrissent et détruisent les paysans de France. Je le sais, les derniers temps je ne pouvais plus vendre mes angevines, Au résultat les snobs y trouvent leur compte et nos populations rurales s’étiolent. Quelle modernité !!! »,

Toinon : « En résumé, Pernin : c’est ça la mondialisation ! »,

Lou rénaïre : « Non mes amis nous avons tout faux ! L’alimentation des hommes se produit là où les hommes vivent et se nourrissent ! »,

Toinon : « Déjà notre nature, notre métabolisme sont conçus pour assimiler les aliments produit sur notre lieux de vie : c’est la bio-agro-géologie.

Nine : « C’est un savant Toinon, je vous le dis…. C’est un savant ! »,

Lou barrullaïre : « Ceci n’exclut en rien de se faire plaisir avec un peu d’exotisme…. Culinaire ! »,

Pernin : « Considérer que toute la production agricole est une source de profit comme le sont les produits industriels est une erreur conceptuelle grave de nos dirigeants et responsables de l’économie agroalimentaire. Les productions dont la conservation est naturelle le blé, le riz, le soja, le café, etc…, peuvent et doivent faire l’objet d’échanges commerciaux pour que des populations bénéficient d’un apport nutritionnel et protéique minimum, mais alors halte à la spéculation financière.

Les productions agroalimentaires tels que les légumes et les fruits, les laitages, la viande, le poisson etc…, ne doivent et ne peuvent pas faire l’objet d’un traitement spéculatif ».

Toinon : « Il ne faut pas confondre production agricole alimentaire et production agricole industrielle, celle-ci est comme toute autre production industrielle sujette aux spéculations financières et aux aléas du commerce mondial, donc susceptible de succès, de prospérité, de crise et de déficit, voire de faillite. Comme tout système productif il doit faire l’objet de recherche, de modernité et d’investissements pour conserver la compétitivité sur les marchés étrangers et favoriser la balance commerciale de notre pays.  Il est bien différent d’aborder la production agricole paysanne et alimentaire qui doit ménager la culture vivrière, la proximité des lieux de production, la qualité nutritionnelle et vibratoire des aliments : c’est la bio-vitalité ! »

Lou rénaïre : « Quand on sait que l’alimentation actuelle génère 40 mille hospitalisations graves par an et un suicide d’agriculteur par jour dans notre pays, ça signifie qu’il est urgent de faire évoluer et de moderniser cette activité primordiale »

Toinon : « Il faut donc distinguer deux formes de production agricole : « l’agriculture nouvelle » à caractère paysan et l’agriculture industrielle ».

Nine : ( en sanglotant ) « Je ne supporte plus de voir les cochons en cage, les vaches toujours à l’ombre et interdites de pâturage, les poules sans plumes et toujours enfermées entassées les unes sur les autres, les poussins jetés à la pelle dans des entonnoirs inoxydables, je ne supporte plus de voir souffrir nos animaux ! …. J’ai trop de peine ! »,

Lou branlaïre : « Je te donne entièrement raison Nine. Jamais, je n’ai toléré qu’une de mes bêtes souffre, il faut respecter ce qui demain est notre nourriture, tous les animaux ont le droit au respect »,

Lou rénaïre : « Vous n’êtes pas devenu un peu animiste ? »,

Lou branlaïre : « Toi tu en fais un drôle d’artiste ! ….Continu, tu m’intéresses ! »,

Lou barrullaïre : ( qui enlasse Nine pour la consoler ) « J’ai appris, et c’est très étonnant, qu’il n’y avait plus de cornichon en France ! »,

Toinon : « Les cornichons sont cultivés en Asie et acheminés en containers, puis mis en boite en Europe et bien sûr en France »,

Lou barrullaïre : « Jamais vu des cornichons pareils ! »,

Lou branlaïre : « Encore très certainement en raison du coût de la main d’œuvre trop élevée chez nous !?  Alors pourquoi préconise-t-on la culture du crocus et la récolte du safran à nos agriculteurs qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts de l’an ? »,

Toinon : « D’autant plus stupide qu’il faut un hectare de terre  pour produire un kilo de safran et nécessite une coûteuse main-d’oeuvre! »,

Lou barrullaïre : « Il est donc peut-être préférable de cultiver des cornichons, nous serions sûr de ne pas avoir de pénurie…… de cornichon ! »,

Lou branlaïre : « Je croyais que ça poussait tout seul les cornichons ! »,

Lou rénaïre : « Le problème c’est que nos agriculteurs sont formés pour être des cultivateurs, des éleveurs…., et non pour être des industriels.

Lou branlaïre : «  Vous voyez quelle solution ? »,

Toinon : « La solution est dans le respect de la nature, des animaux et la coopération agricole : les cultivateurs, les éleveurs industriels doivent regrouper leurs exploitations et créer leur propre filière d’abattage et de transformation. Ils bénéficieront des marges intermédiaires pour rentabiliser leur production et concurrencer les industriels »

Lou rénaïre : « C’est une véritable révolution que tu proposes ! »,

Toinon : « Si tu veux, mon ami, mais sache que le mouvement coopératif est né il y a prés d’un siècle et que de nombreuses structures coopératives existent de nos jours et dans tous les milieux de la production, du commerce et même dans le secteur bancaire »,

Lou rénaïre : «  L’avenir est bien dans cette voie ! La coopération c’est un modèle de solidarité appliqué à l’entreprise, voir les FRALIB en Arles »,

Toinon : « La coopération peut également s’appliquer à l’agriculture nouvelle à caractère paysan, où les clients peuvent directement coopérer à cette entreprise : les clients deviennent et sont les producteurs »,

Lou rénaïre : « En développant la vente directe, ils emploient le paysan et tout le personnel nécessaire pour cultiver la terre et produire les fruits et légumes pour l’alimentation des coopérateurs ! »,

Toinon : « Au travers de structures comme « Terre de liens » Ils peuvent devenir en coopération les propriétaires fonciers de leur exploitation pour permettre l’implantation de jeunes agriculteurs BIO et avec la NEF, le crédit coopératif, des banques coopératives, leur octroyer les emprunts pour leur développement »,

Nine : ( qui écrase un dernier sanglot sur l’épaule du Barrullaïre ) « Quand je dis que Toinon est un expert, personne ne me croit ! »,

Lou rénaïre : « Toutes ces structures existent, il le savent à Paris, au ministère ? Ils le savent à la Chambre d’agriculture, aux syndicats et je ne sais où encore ? »,

Lou barrullaïre : « C’est vrai ça, ils le savent nos chers élus ? »,

Toinon : « Probablement oui, des structures de productions paysannes existent et se multiplient de nos jours, mais aucune aide ne vient les encourager »,

Pernin : « Il ne faut pas accepter d’être asservi, de consommer dans un système à une seule entrée « le profit financier », il faut résister ! »,

Toinon : « Pour cela nous avons deux armes démocratiques : le bulletin de vote et la carte bleue ! »,

Pernin : « Un euro dépensé pour s’alimenter doit l’être pour l’agriculture nouvelle. Cet euro dépensé oriente à terme notre système de production vers une alimentation de plus grande qualité et crée de l’emploi »,

Toinon : « Une condition pour réussir, à chacun de prendre la décision de changer son mode de consommation et de s’investir personnellement en coopération ! »,

Nine : « Donne nous des exemples Toinon, c’est très intéressant ce que tu nous apprends »,

Toinon : « Je vais vous surprendre ! Un bon exemple nous vient de l’Afrique où depuis la famine de 1984 en Ethiopie, et sans aucune subvention, un français, Godfrey Nzamujon, petit-fils d’anciens esclaves américains est revenu en pleine guerre du Biafra participer à des actions humanitaires. Il rejoint la France pour suivre des études de théologie, il rencontre Louis Joseph LEBRET moine dominicain fondateur du Centre de Recherche Economie et Humanisme. Plus tard, il vient implanter dans Le songhaï (1) au centre de l’Afrique une Ferme école polytechnique devenue un campus  d’étudiants diplômés qui accueille  20 000 visiteurs du monde entier par an, et qui a formé en trente ans près de 3400 ingénieurs et techniciens pour la production vivrière et alimentaire. De 1 hectare en 1985, cette ferme école atteint aujourd’hui  22 hectares. Cette méthode est efficace et moderne et se multiplie à bonne allure dans toute l’Afrique centrale. »,

Nine :  « J’entends encore que « l’Afrique ne serait pas entrée dans l’histoire ! »,

Lou barrullaïre : « Bon Saint Nicolas, pardonne cette ignorance ! »,

Lou rénaïre : « C’est chez les africains qu’on va aller chercher la solution pour restructurer notre agriculture ? »,

Toinon : « Si leurs travaux et leurs expériences sont bonnes pourquoi ne pas s’en inspirer ? »,

Nine :  « Il existe des actions de même nature chez nous, mais on n’en parle pas ou pas assez, comme les AMAP, la RUCHE et bien d’autres »,

Lou barrullaïre : « c’est quoi les AMAP ? Nine tu parles comme les parisiens maintenant ! »,

Nine :  « Ce sont des associations pour le maintien de l’agriculture paysanne »,

Pernin : « Tout ce que j’entends me laisse espérer des jours meilleurs pour tous, à condition d’avoir la volonté de s’investir pour une production de qualité et une meilleure alimentation et tout ça en coopération mes amis ! »,

 

 

(1) le Songhaï est situé a Porto Novo, capitale économique du Bénin, pour plus d’informations lire Alternative économique n0 348 de juillet-août 2015

 

 

( à suivre )

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